Témoignages
Faire des croisières est-il aussi intéressant qu’il n’y paraît?
Des nuits douces, des palmiers qui se balancent, du vin et du fromage sur le pont, de l’eau translucide pour se baigner, le vent soufflant dans les voiles et le sable à vos pieds. Voilà ce dont les rêves sont faits.
Nous rêvions depuis longtemps de sortir en mer notre famille et de naviguer en remontant la côte est de l’Australie pour voir la Grande Barrière de Corail, avant qu’ils ne se mettent tous en route dans la vie et qu’ils ne nous quittent pour de bon. On a donc eu une idée qui nous a pris 4 années de préparation. Décider du meilleur moment pour retirer les enfants de l’école, démissionner de ce bon travail et mettre en œuvre le plan prend beaucoup de temps et de réflexions. Dans notre cas, un fis est déjà parti de la maison et vit sur un super yacht, une fille est à l’étranger et l’autre commence à peine le lycée, alors c’est le moment où jamais.
Comme nous avions besoin d’un bateau qui nous conviendrait à tous, nous nous sommes mis d’accord pour un Fusion 40, spacieux, rapide et stable. Nous avions prévu de le construire à la maison en impliquant toute la famille, et c’est ce que nous avons fait. Constructeur principal : papa ; achats, peinture et vernissage : maman ; informatique : sœur cadette ; design intérieur : petite sœur ; muscles et vous-avez-pensé-à-ça : fils aîné. Ainsi était formé l’équipage du catamaran à voile INTRIGUE.
18 mois de construction, du début à la finition, et il est prêt à réaliser notre rêve de partir naviguer en famille pendant six à douze mois le long de la côte est et peut-être même au-delà.
Moment de départ de Brisbane, Queensland – Mai, avec quatre personnes à bord et un qui suit quand le travail le permet (fils aîné).
Comme nous avions passé un temps fou à concrétiser ce projet, les premières semaines de navigation nous avaient semblé surréelles. Premier arrêt à Moreton Island pour reprendre notre souffle et pour nous assurer que nous n’avions rien oublié d’essentiel, comme laisser son portefeuille dans la voiture après avoir largué les amarres et juré de ne pas faire faire marche arrière, heureusement que nous avions de bons amis qui nous l’ont rapporté, pour nous économiser un trajet retour.
Toujours de l’avant, pas de programme à respecter, pas de plans, pas de limites, cela est-il réel ? Presque aucune contrainte, à part biensûr le travail scolaire pour les filles, en classe de 5ème et de 2nde. Oui, cela est possible et les cours à distance méritent d’être pris en considération, tout en ajoutant que la croisière en soi est un fantastique projet éducatif.
Lorsqu’on met les pieds dans la vie à bord d’un navire en croisière, il est important de prendre le temps de s’ajuster à la vie dans des quartiers aussi confinés et de s’assurer que chaque personne a son espace propre, en particulier quand on voyage avec des adolescents. Vivre ensemble 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur l’océan requiert beaucoup de concessions mutuelles, et le partage en termes de reconnaissance des besoins des autres.
La plupart des familles que nous rencontrons ont tendance à faire le travail scolaire sur de longues périodes, puisqu’il y a régulièrement quelqu’un qui se sent nauséeux et qui compense les jours de pluie ou de vent, quand ils ne s’aventurent pas trop loin. Une vision flexible est le plus important. Au bout du compte, tout le travail est effectué.
En voyageant vers le nord, on découvre vite qu’il y a toute une communauté qui se dirige dans la même direction pour la même raison. Cherchez simplement les bateaux qui semblent avoir plus d’affaires attachées sur les ponts et du linge accroché aux garde-corps et vous trouverez vos semblables. Être amical et faire l’effort de saluer vous intègre au sein d’un réseau d’entraide, contrairement à ce qui se passe sur terre. Nous sommes tous conscient de notre vulnérabilité partagée sur l’eau et il se peut qu’un jour nous ayons besoin d’un coup de main ou que nous le donnions dans un coin éloigné de ce magnifique océan que nous apprécions.
Tellement de choses nouvelles à voir et à faire en remontant le long de la côte. Le fait de faire des escales dans des ports seulement toutes les 3 ou 4 semaines prouve la simplicité de vivre et la vie en autonomie prend vraiment forme. La vie devient plus sociale en partageant un café ou un verre sur le pont arrière tandis que le soleil se couche, et soudain vous réalisez que vous avez le temps de faire cela, simplement s’asseoir et parler et construire des relations que l’agitation de la vie sur terre ne permet pas aussi facilement.
L’éternelle question que nous entendons de la bouche des gens n’appartenant pas à la fraternité des marins faisant des croisières, c’est-à-dire la famille et les amis, est « mais que faites-vous toute la journée ? » Et bien, le fait de vivre prend une toute autre dimension. Les tâches sont peut-être plus longues quand on vit à bord, mais cela doit venir du fait qu’on n’a pas besoin de se presser, je ne sais pas vraiment.
Quand on fait les courses pendant les escales au port, cela peut souvent prendre une journée entière avec le bus à prendre, la chasse aux provisions nécessaires, les sacs de courses à rapporter au bateau (surtout si on a des adolescents) et enfin quand il faut trouver de la place pour ranger les affaires qui serviront pour l’autre partie du voyage.
Puis il y a les sites touristiques à voir, les balades à faire, les gens à qui il faut rendre visite, et les petits plaisirs à avoir comme un repas au restaurant ou une glace à dévorer. Les ports et les littoraux sont souvent d’excellents moments pour partager un barbecue ou manger Indien un soir avec les personnes qui vous accompagnent. Les paroles s’échangent en partageant un repas et on fait des rencontres au coucher du soleil, on a l’occasion de faire connaissance avec des gens merveilleux et de tout apprendre de ceux qui ont déjà visité l’endroit et qui peuvent vous indiquer les meilleurs coins pour la plongée en tuba, ou pour jeter l’ancre n’importe où le lomg de la côte.
La vie en mer est une vie d’extrêmes, avec des jours où tout se déroule parfaitement et où on ne se sentirait mieux nulle part ailleurs, et d’autres jours dont on attend la fin avec impatience et où on souhaite être en sécurité au mouillage avec un vent fort qui s’atténue. Mais si vous pouvez sortir en toute connaissance de cause et prêt à affronter tout ce qui vous arrivera en chemin, vous pouvez être certain que vous apprécierez ce moment très privilégié de votre vie, qui deviendra peut-être même votre véritable vie, celle d’un plaisancier.
Cheryn Pounder, “Intrigue”