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Témoignages

Témoignage sur les Péripéties d’une Construction

“Out To Lunch” est l’aboutissement d’un rêve.

Tout a commencé dans les années 2000 quand Darren Hart a entrepris des recherches sur les catamarans.

Il avait eu un accident de ski et restait allongé sur le dos à s’ennuyer.

Il pensait que commander un grand catamaran était le boulot idéal. Faire tous les jours ce qu’on adore.

Le premier boulot de Darren, quand il était jeune, était de louer des petits catamarans sur la plage du coin et il espère que son dernier boulot sera de louer de grands catamarans.

Nous avons passé 3 années à faire des recherches intensives sur la taille, les prix, les configurations et les matériaux. Le bateau devait être construit après expertise et capable de transporter confortablement 30 passagers. Il fallait une bonne hauteur de plafond, des cabines avec pièces attenantes, un grand salon, une cuisine pratique en flotteur et un accès facile aux ponts.

Nous avons jeté un œil à des bateaux tout juste finis, à des bateaux d’occasion, et à des plans d’autres bateaux de « rêve ». Tous y sont passés, des Schonings aux Leopards en passant par les Lightwaves.

Nous nous sommes rendus dans le nord du Queensland et en Nouvelle-Galles du Sud, visitant des salons nautiques et des usines de construction. Nous avons observé des designs locaux et étrangers. Un designer, Gary Lidgard, sortait toujours du lot. Tous ces designs étaient élégants, rapides, pratiques, spacieux et imaginés pour une construction en matériaux légers et résistants.

En 2005, Darren a vu un Fusion 40 et est tombé sous son charme. Il sentait que ce bateau allait satisfaire toutes ses envies et lui permettre de réaliser son rêve. Gary Lidgard en était le designer, ce qui donnait un plus. Nous avons pris l’avion pour Airlie Beach et après avoir parlé avec l’expert, l’ingénieur et le constructeur, la décision a été prise.

Il ne s’agissait plus que d’apposer une signature et d’effectuer le règlement. Facile!!

 Après tout, il ne devait pas être si compliqué que cela pour un constructeur de maison de devenir un constructeur de bateau. Il suffit d’assembler les 27 pièces ensemble et d’aménager l’intérieur.

Rien ne semble impressionner Darren.

Il avait déjà « reconstruit » une épave d’Halverson et construit presque entièrement un Couta en bois.

Il était toujours certain que l’endroit sur le terrain de notre usine où serait construit le grand catamaran importait peu, qu’il serait facile de l’en sortir.

Moi, j’étais sceptique.

Darren a préparé notre site de fabrication en construisant une grande tour de montage mobile et en bâtissant un hangar entre trois conteneurs. Darren et moi avons ensuite formés les membrures et coulé les socles en ciment sur lesquels le bateau serait érigé. Travailler le ciment n’était vraiment pas ce que je considérais une partie de plaisir.

 

Quelques semaines plus tard, le casse-tête chinois arrivait en 2 conteneurs de 40 pieds.

Après avoir tout déchargé, l’ensemble était envahissant : d’énormes pièces qui semblaient n’avoir aucun lien les unes avec les autres.

Darren, Jason et moi-même fixions du regard la chose. Darren exultait, je me sentais mal et Jason n’avait qu’une envie : retourner à la construction de maisons.

Les mois suivants, nous progressions bien. Au début, nous y allions lentement mais sûrement. Darren avait décidé de laisser de côté les panneaux latéraux pour qu’il soit plus facile d’agencer les cabines, les toilettes et la cuisine. Une très bonne décision. Ce la signifiait que les carcasses des meubles et les pièces finies pourraient être faites dans l’usine et mises en un seul morceau en passant par les ouvertures latérales.

Pendant cette période, un flux continu d’amis et de personnes venaient offrir leurs avis et conseils. Peter Watson disait qu’on devrait baptiser le bateau « Endless Advice » (Conseil sans Fin), parce que ça n’arrêtait pas.

Comme pour une maison, le gros œuvre avance assez vite mais on ne voit pas le bout quand il s’agit des détails, et bien entendu les dépenses d’argent vont bon train.

Vers le milieu de l’année 2006, Jason a eu un accident de voiture et a été indisponible pendant plus de 3 mois, alors Darren a continué presque toujours seul et a travaillé de manière incroyable pendant de longues heures pour respecter le programme. S’il avait des commandes à passer ou des gens à voir, il travaillait alors sur le bateau jusqu’à tard la nuit. Il était aussi difficile de faire travailler les gens de manière ponctuelle.

Nous avions quelques soucis pour trouver des plombiers et des électriciens navals, mais pas de problème, Darren se chargeait du travail. Cela impliquait que nous n’avions besoin de professionnels uniquement pour réaliser le câblage de 240 volts et les conduits pour le gaz.

Darren a déroulé des kilomètres de câbles partout sur le bateau pour l’éclairage et le courant de 12 volts. Un travail long et ardu. Il a installé des dizaines d’interrupteurs, d’encastrements pour les lumières et de prises. Il a déroulé des tuyaux et installé des pompes pour les eaux usées, l’eau, les douches, les lavabos, les éviers et les équipements pour l’eau chaude.

Je ne reviens toujours pas du travail qu’il a fourni, tout comme le plombier et l’électricien.

Dans une vie précédente, Darren était mécanicien, alors il installait les moteurs et leurs composants, ainsi que les générateurs, réfrigérateurs et tous les ordinateurs.

Quand Jason est revenu, il a travaillé dans l’usine à fabriquer les lits, les sièges, les cases, les placards de la cuisine et les garde-robes en matériaux légers couverts en fibre de verre.

Darren et Jason, aidés ponctuellement, ont effectué des heures de carénage.

Un autre intervenant a été Chris, le Magicien rembourreur. Nous avions prévu quelqu’un pour l’équilibrage, mais il avait décidé de changer de mer dans le Queensland.
Chris à la rescousse !! Ça n’était pas grave s’il n’avait jamais fait de lambrissage auparavant, il s’y essaierait. Un excellent boulot également.

En Octobre 2007, ce beau catamaran était prêt à larguer les amarres. Le bateau était presque terminé, avec seulement quelques petits morceaux et des pièces mineures à achever. Les impressions de symboles étaient faites, les moteurs testés et nous étions prêts à partir.
Désormais, le problème était de sortir cet énorme bateau de l’usine.

Darren avait prévu que le bateau serait déplacé dans les locaux des bus à côté, déposé sur un camion et simplement sorti par leur portail.

Infaisable et beaucoup trop de problèmes pour entrer dans les détails.

L’idée suivante était de mettre le catamaran au milieu de la cour, puis de le passer par-dessus l’enceinte dans la cour de la laiterie et de le mettre directement sur un camion, en utilisant une grue de 60 tonnes. Une bien meilleure idée, sauf qu’il n’y avait que 25 mm d’espace de chaque côté du bateau en passant le portail. Un détail qui aura son importance plus tard.

Lors des semaines précédentes, nous avions recherché un point de lancement pour le catamaran et un itinéraire pour s’y rendre. Toutes les cales possibles de Sorrento à Mornington ont été étudiées et réfléchies. Au bout du compte, il ne restait que Rye ou Marta Cove. Il y avait des problèmes aux deux mais finalement c’est Rye que nous avons choisi, en espérant que le temps serait clément.

Nous avons rempli un nombre incalculable de formulaires et pris des dizaines de photos de l’itinéraire prévu, dans le but d’obtenir la permission de déplacer le bateau.
 
Nous avions besoin de la permission du MPSC, de VicRoads et de la police.

Des problèmes à chaque virage .

Nous avons mesuré la largeur de chaque intersection et l’espace entre chaque terre-plein central et le trottoir, depuis l’usine, le long de la route de la plage jusqu’à la cale de mise à l’eau de Rye, pour s’assurer que le bateau pouvait passer. À un moment, nous avions une hauteur sous plafond de seulement 100 mm en passant sous un feu tricolore.

Notre itinéraire nous imposait de traverser et de descendre le « mauvais » côté de la route pendant un peu plus d’un kilomètre.

Tout était alors prêt, enfin c’est ce que nous pensions. Il ne restait que le petit problème de déplacer le bateau un dimanche, et les grues coûtent le triple le dimanche.

Nous avions reçu des devis hallucinants pour cette manœuvre mais un ami est venu à notre secours.

Grâce aux Wittingslows et à Billy, leur bras droit, le problème a été résolu.

Le bateau a été soulevé à l’aide d’une grue de 60 tonnes et mis dans la cour de la laiterie, puis sur un camion le jeudi 4 octobre. J’étais si nerveux que je n’ai même pas pu y aller et regarder.

Tout le monde a été fantastique. Des amis venaient donner un coup de main pour stabiliser le bateau avec des cordes quand il était à 10 mètres au-dessus du sol, et faisaient en sorte que tout se déroule en douceur. Les 2 nuits suivantes, le catamaran est resté dans la cour de la laiterie sur le camion.

Le jour suivant, le samedi, nous devions le sortir de la laiterie et le laisser dans la rue. Le bouger a été une manœuvre à se dresser les cheveux sur la tête. Billy conduisait le camion et passait le portail avec littéralement aucun espace de chaque côté. Michael indiquait les directions et nous retenions tous notre respiration. Un succès sans la moindre égratignure.

Cette nuit-là, Darren, Jason et les « gars » avaient organisé une de leurs soirées barbecue pour surveiller le « bébé », mais ce barbecue allait durer presque toute la nuit. Quelques bières, les burgers de Neil et le feu allaient les faire tenir.

À 5 heures du matin le dimanche, les gars de VicRoads sont arrivés pour commencer le voyage jusqu’à la cale.
Mais il y avait un autre problème majeur, nous n’avions pas de pilotes licenciés, ce qui est obligatoire pour obtenir le permit.
Un petit (énorme) détail que nous avions négligé.

Pour rendre courte cette longue histoire très stressante, nous avions immédiatement besoin de 2 pilotes ou nous devions attendre une autre semaine pour bouger le catamaran.

Les Pages Jaunes, deux mecs super et 45 minutes plus tard, nous étions prêts à nous mettre en route.

Linton et Jason sont partis devant et ont retiré les panneaux de signalisation, Darren les a suivis avec des feux clignotants, j’étais dans le camion avec Billy, l’avertissant des dangers, Neil et Jeffery remettaient les panneaux en place et Peter et Paula ralentissaient la circulation derrière nous, pour la sécurité.

Les pilotes supervisaient l’itinéraire et les gars de VicRoads étaient partout, remontant et descendant la route avec leurs véhicules, avertissant les voitures et les cyclistes, fermant les rues, arrêtant la circulation et allumant leurs lumières.

Billy était surprenant, il écoutait 3 talkies walkies et suivait les instructions. J’étais à la masse.

Tout s’est déroulé sans encombre. Ça a l’air tellement simple maintenant.

La prochaine fois on devra construire le bateau sur l’eau.

Nous avons dormi sur le bateau cette nuit-là sur la Rye Reserve et le lendemain matin, devant une foule de plus de 100 personnes, une grue de 100 tonnes a mis « Out To Lunch » à l’eau, sur une mer calme.

Concrètement, notre voyage avec notre nouveau catamaran ne fait que commencer.

« Out To Lunch » a été construit sous expertise et est disponible pour des charters privés, des excursions publiques, des mariages, des fêtes, et tout ce qu’on veut à vrai dire.

Nous espérons que l’on peut appeler cela du travail bien fait.

Darren Hart est vraiment un homme surprenant et plein de talent.

 

Jenni Hart

Copyright © 2007 La Passion - Fusion Catamarans